• Stephaline71

Interview de Rudi dolezal - Partie 1

Mis à jour : il y a 6 jours

"Je fais de la musique pour les yeux"


On ne présente plus ses célèbres vidéos officielles pour Queen – il en a fait 32 au total – parmi lesquelles des clips mythiques (Living on my own, One vision, Friends will be friends, Breakthru, Scandal, I’m going slightly mad, These are the days of our lives…entre autres !) et des documentaires (Magic Years en 1987, Queen : The champions of the world en 1995, et Freddie Mercury : The untold story en 2000).

Il a travaillé pour de nombreux artistes (les Rolling Stones, Frank Zappa, Whitney Houston, Tom Waits etc) et a une carrière époustouflante. Il détient un record en termes d’heures d’archives musicales en Europe continentale. Mais qui connaît bien son parcours, sa carrière et l’a entendu en parler de manière approfondie ?

Aujourd’hui il termine l’écriture d’un livre sur son ami Freddie Mercury - My friend Freddie - et il est devenu très actif sur les réseaux sociaux pour la plus grande joie des fans dans le monde entier.

Et il m’a fait le plaisir d’accepter de répondre à mes questions, malgré son emploi du temps très chargé. Il a été d’une grande générosité dans ses réponses, et pour moi et ma traductrice Estelle Malvy (merci encore Estelle !) cet entretien restera unique. Voici Rudi Dolezal en exclusivité !


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Vous avez commencé votre carrière très jeune comme reporter de télévision à Vienne. Comment êtes-vous devenu journaliste? A l'époque, pensiez-vous déjà à devenir réalisateur?


Rudi Dolezal : Je suis devenu réalisateur plus ou moins par hasard parce que... À 17/18 ans, j'ai terminé le lycée - «Matura»* en Allemagne - avant d'aller à l'université. Entre 15 et 18 ans, j'étais dans un club de football (très bon) et je voulais devenir une star du football, j'étais dans un club de basket, j'étais le maître de Vienne en athlétisme (comme la course de 100 mètres, le saut en hauteur etc...), j'étais le porte-parole de tous les orateurs élus dans les écoles en Autriche, j'étais aussi dans une troupe de théâtre avec un certain Monsieur Waltz** qui a depuis gagné deux Oscars et deux Golden Globes, j'étais avec lui sur scène, et je jouais de la guitare classique depuis 7 ans quand j'avais 18 ans. J'ai donc pensé que je deviendrais soit musicien, soit politicien... oui et je faisais le journal de l'école! Donc je pouvais même devenir un politicien, une star du football, du basketball, un journaliste etc etc... mais jamais un cinéaste ! Ou peut-être un acteur, vous savez. Alors quand ils vous demandent avant que vous quittiez l'école pour la dernière année, ils font un petit livre et disent que vous savez ce qui s'est passé en un an et ils ont aussi une page de tous les gens qui quittent l'école et vous devez dire ce que vous allez étudier à l'université. Je leur ai dit de mettre trois points d'interrogation parce que je ne savais pas, je n'en avais aucune idée! Car il y avait tellement de choses qui m'intéressaient!... L'école était géniale parce que je pouvais tout faire, je pouvais faire du sport, je pouvais faire de la politique à l'école, je pouvais faire du journalisme et pour me décider pour une seule chose, je me disais: «Oh mon Dieu !»

Bref, pour faire court, parce qu'en 1976 à Vienne, il y a eu une sorte de «Woodstock 1968»; il y avait un endroit qui avait une très très belle architecture ancienne, où les fameuses semaines culturelles viennoises se déroulent chaque année avec de l'opéra,...les choses nouvelles comme la musique pop, les groupes de théâtre etc... Et cette année-là, ils ont dit qu'ils allaient détruire cette architecture et faire un centre commercial! Et nous qui étions là - c'est un peu long je suis désolé - mais nous qui étions là avons dit : c'est une si belle architecture de 2 000 ans ! C'est dommage que vous la détruisiez, et nous n'en sommes pas partis après le dernier concert. Nous avons pris possession de cet endroit. Et c'est resté sous le contrôle des jeunes pendant 5 mois, avant que nous ne devions en partir... 5 mois! Et nous avons fondé un groupe de théâtre, des groupes d'enfants, de la musique, etc. et partout à Vienne les gens signaient et à la fin, il y avait des centaines de milliers de viennois qui disaient : "Ne détruisez pas ça ! Les jeunes ont raison".

Et il n'y avait qu'une seule équipe de télévision, une seule, qui s’occupait du programme jeunesse de la télévision autrichienne. Parce que tous les programmes de la journée ignoraient ça : "Oh, ce sont les jeunes hippies et ils font leurs conneries n'importe comment..." Donc ils m'ont toujours interviewé parce que j'étais un des orateurs, parce que j'étais toujours un des orateurs de tout, j'étais le capitaine de l'équipe de football etc... Donc, après que cela a été terminé, ils m'ont dit : "Tu ne veux pas travailler dans le programme pour les jeunes ?"Je venais de terminer le lycée et je n'avais aucune idée de ce que je voulais devenir, et j'ai dit : "Oui, je vais essayer". Et j'ai essayé, j'ai aimé et c'est comme ça que je suis devenu réalisateur.



J'ai été le premier présentateur de télévision aux cheveux longs en Autriche et en Allemagne avec des cheveux comme ceux que j'ai toujours et c'était un grand scandale bien sûr. Mais j'étais un peu le mec cool et c'était la seule émission qui montrait aussi de la musique pop. Et c'est comme ça qu'ils ont commencé à faire plus de films sur la musique pop et puis j'ai fait la connaissance de Frank Zappa, des Rolling Stones, de Freddie Mercury...et c'est comme ça que tout a commencé.

*la Matura = l'examen de fin d'études secondaires en Autriche

** Christoph Waltz = acteur, scénariste et réalisateur autrichien. Lauréat de deux Oscars et Golden Globes pour ses rôles dans les films Inglourious Basterds et Django Unchained de Quentin Tarantino


Votre rencontre avec Freddie Mercury s'est révélée très importante. A quel âge l'avez-vous rencontré pour la première fois et en quelle occasion? Savez-vous ce qui lui a plu chez vous à ce moment-là?


Rudi Dolezal : J'ai commencé à faire des films et des courts métrages pour Queen à la fin des années 70. Mais je n'ai pas rencontré Freddie personnellement, j'ai par exemple été autorisé à filmer une fois à Vienne deux chansons du concert avec deux caméras mais pas d'interview. Donc je filmais Queen, et ensuite j'ai obtenu une interview de la maison de disques ou autre, et j'ai l’ai fait...

J'ai donc commencé à filmer Queen à la fin des années 70, mais la première fois que nous nous sommes vraiment rencontrés, c'était peut-être une courte interview dans les coulisses au début des années 80, en 82, je crois, mais nous ne nous sommes pas vraiment rencontrés. Et puis en 1984, je crois, la fameuse «prostitute interview» à Munich. A l'époque, j’étais déjà bien connu pour mes reportages musicaux à la télévision, le seul programme en Autriche mais il n'y avait qu'une seule chaîne (il n'y avait pas encore de télévision privée, seulement l'ORF, rien d'autre). J'étais la seule personne à faire quelque chose pour les jeunes avec mon équipe, pas moi seul. Et j'étais aussi à l'écran mais je m’intéressais de plus en plus à la musique, j'ai dit "il y a des gens comme les Rolling Stones, Frank Zappa, Freddie Mercury, ils viennent à Vienne pour donner un concert, pourquoi personne n'essaie de les interviewer ?»Je serais tellement intéressé de les connaître et parce que c'était le programme culturel les gens ont critiqué: «Oh la musique pop n'est pas de la culture», et le département du divertissement «Oh la musique pop n'est pas du divertissement». C'était tout ce que vous connaissez de la vieille école, ce dont je parle des années 70 à 80. "Oh ouais ouais Freddie ..., Mick Jagger te parlera Rudi Dolezal, bien sûr", et ils se sont moqués de moi jusqu'à ce que je parle à Mick Jagger la première fois lors d'une interview! Et ainsi de suite. J'étais une sorte de pionnier et j'ai aimé ça parce que c'était ma passion.

Oui, je ne l'ai pas fait pour faire carrière, mais je l'ai fait parce que j'étais vraiment intéressé à parler avec ces gens. Et je n'ai fait que des musiciens ou des groupes que j'aimais, vous savez. Mais plus tard, il y a eu aussi le punk rock, les Sex Pistols... Donc j'étais comme ça. La première fois que nous avons vraiment eu un [échange], nous savions tous les deux qui nous étions, c'était à Munich et j'écris à ce sujet dans My Friend Freddie. J'avais les mains très moites parce que tout le monde disait que Freddie Mercury n'aimait pas faire d'interviews. Il détestait les journalistes. Il était aussi "connu" pour être très vif et pas facile à interviewer. J'étais donc nerveux, j’avais préparé, je ne sais pas, je pense, une centaine de questions vous savez, et je conduisais un petit bus Volkswagen avec deux personnes, le cameraman et le preneur de son, j'installais les lumières, juste nous trois, nous roulions vers Munich et nous filmions. J'ai fait une interview avec Brian May à l'hôtel, dans sa chambre d'hôtel qui est aussi le même jour, je pense, ou un jour plus tôt ou plus tard, et ensuite je l'ai fait avec Freddie et vous connaissez probablement la «prostitute interview». Et dès le premier moment où nous nous sommes assis, il y a eu une alchimie particulière. Et j'ai toujours été un très bon intervieweur, je veux dire, je pense que je suis aussi devenu un très bon réalisateur - oh je ne peux pas le dire... Frank Zappa m'a dit un jour: "Tu pratiques depuis tant d'années que tu finis par être bon maintenant" .

J'ai toujours été un bon, pas un mauvais interviewer parce que mon anglais n'était pas mauvais et que j'étais vraiment intéressé par l'histoire de ces musiciens - parce que ce que vous et ce que j’expérimente maintenant que je suis de l'autre côté et que les gens me parlent, ils n'en ont aucune idée, ils posent toujours les mêmes questions et je le fais parce que c'est oui, spécialement pour Queen. Donc vous êtes vraiment heureux, comme Rudi aujourd'hui, si vous rencontrez par exemple deux belles dames comme vous, qui je le sais sont préparées et sont en quelque sorte aussi de bonnes journalistes qui posent des questions. Quoi qu’il en soit, Freddie l'interview que vous connaissez, et j'étais si «full of myself», comme disent les américains... j'étais tellement convaincu de moi-même, qu'à la fin j'ai dit quelque chose à Freddie comme "Et au fait si vous voulez un très bon réalisateur pour vos vidéos, appelez-moi" et je lui ai donné mon numéro. Ce qui était complètement naïf car ils travaillaient avec les meilleurs des meilleurs des meilleurs en Angleterre et en Amérique, et en tant qu'autrichien, être invité à faire une vidéo de Queen, autant dire que c'est le même pourcentage de chances que si la Corée du Nord devenait championne du monde de football. Donc pas question, vous savez.

Mais j'étais convaincu ET il m'a donné le sentiment que je pouvais dire ça, il était très ouvert dans cette interview, j'ai été très bon spontanément quand il a dit "si les gens arrêtent d'acheter ma musique, nous ferons autre chose, je deviendrai un artiste de strip-tease" et j'ai tout de suite dit "Ok pour quelle musique feriez-vous du strip-tease ?" il a dit "Toutes les chansons que j'ai écrites". C'était comme un ping-pong, il y a aussi un chapitre dans mon livre qui s'appelle le ping-pong. C'est comme ça que ça a commencé. Et puis quelques mois plus tard, et je fais court maintenant, je reçois un appel téléphonique de Jim Beach [le manager de Queen] qui me demande de venir à Munich parce qu'ils veulent que je fasse le prochain clip de Queen. Parce que j'ai aussi fait quelque chose que tous les gens de la télévision promettaient toujours et que 99 sur 100 ne faisaient pas, ils disaient: "Je vous enverrai une copie de mon petit film"... Eh bien moi je leur ai envoyé une copie de mon petit film, avec à nouveau mon adresse et mon numéro de téléphone, et quelques mois plus tard, un certain Monsieur Jim Beach m'a appelé pour m'inviter à réaliser la vidéo de Queen parce qu'ils ont aimé ce qu'ils ont vu et Freddie – rappelez-vous - c'est le type qui faisait la bonne interview, et que quelques éléments se sont assemblés qui sont tous dans mon livre, et que le reste appartient à l'histoire. 32 vidéos, je les ai comptées et j'en ai même oublié quelques unes. Je pense que c’est plus que quiconque. Cela inclut bien sûr les vidéos solo de Brian, les vidéos solo de Roger et les vidéos solo de Freddie, ainsi que les vidéos posthumes lorsque Freddie n'était plus en vie. Mais il s'agissait de vidéos officielles de Queen. Alors c’est plutôt sympa. J'étais heureux d'en faire une. Quand j'ai fait la première, One Vision, j'ai dit : «Hé, je suis vraiment une note de bas de page sur la véritable histoire du rock'n'roll de ce groupe, vidéo réalisée par Rudi Dolezal, wow !» J'étais si fier. Et 31 tournages ont eu lieu après ça.



Au cours de votre carrière, vous avez travaillé principalement sur des clips et des documentaires. Pourquoi ce choix? Avez-vous déjà envisagé de travailler sur une fiction?


Rudi Dolezal : Oui, en fait… Tout d'abord, ce que personne ne sait: j'ai produit un long métrage en l'an 2000, il s'appelait Vienne. J'étais le producteur - pas le réalisateur - mais c'était une production DoRo parce qu'à cette époque je fondais un département à DoRo qui s'appelait département F pour la fiction - département fiction - et je voulais faire un long métrage sur Falco* sur lequel j'ai aussi écrit un livre avec l’idée d’en faire un long métrage et j'avais déjà un contrat un an après sa mort, en 1999 avec un très grand studio de cinéma allemand appelé «Bavaria Films», qui existe toujours. Queen y faisait des vidéos d’ailleurs, ce qui n'a rien à voir.

Et j'avais déjà préparé le script avec deux scénaristes très très talentueux. Mais ensuite il y a eu un changement politique: le patron de la télévision autrichienne a été changé et le nouveau patron - parce que la télévision autrichienne faisait partie du financement - voulait que quelqu'un d'autre fasse le long métrage. Donc le long métrage sur Falco qui existe n'est pas de moi et il est très mauvais. Et je ne pouvais pas le combattre parce que Falco, ne sachant pas qu'il allait mourir, a fait une déclaration écrite un an avant sa mort et a dit "si jamais on fait un long métrage sur moi, le réalisateur doit être Rudi Dolezal". C'est son manager qui a cela. Et j'ai aussi dû leur donner les droits pour qu'ils puissent refilmer mes célèbres vidéos Rock Me Amadeus et Jeanny et Vienna Calling mais j'ai finalement dit oui et je ne me bats pas. Car j’ai dit que peut-être un jour je ferai un long métrage international de Falco où Brad Pitt joue Falco, vous voyez ce que je veux dire, ou Johnny Depp ...

Puis, après l'an 2000, il y a eu deux catastrophes très dures dans ma vie : l’une a été que j'ai dû me séparer de mon partenaire de longue date** parce qu'il avait fait quelque chose qui n'était absolument pas tolérable après 27 ans de collaboration. J'ai donc repris l'entreprise à mon compte, je possède tout, je possède DoRo, je possède le nom. DoRo, c'est Rudi maintenant.

Après cette déception, je me suis concentré sur ma vie privée pendant un certain temps. Le long métrage est donc passé à l’arrière-plan et j'ai produit mes meilleures productions au monde - plus que n'importe quel autre film - mes deux enfants : Ruby, qui a maintenant 17 ans, et Benjamin, qui a toujours 13 ans mais bientôt 14, qui sont la meilleure chose que j’ai jamais faite. Et j'ai eu 10 ans pendant lesquels j'étais plus un père. Je faisais toujours des films mais je n'essayais rien de nouveau. Et donc c'est revenu un peu maintenant parce que je fais cette étape importante.

J'ai déjà écrit trois livres : J'ai écrit un livre sur Falco et deux sur la musique pop autrichienne. Ce n'est donc pas le premier livre*, mais c'est le premier livre international [*My friend Freddie]. Le premier que j'écris en deux langues - je l'écris en allemand et en anglais en même temps - et qui sortira en 11 langues minimum. Je deviens donc un véritable auteur maintenant, un véritable écrivain. J'ai toujours été journaliste mais je n'ai jamais été un auteur comme je l’entends, qui peut aussi écrire un roman ou quelque chose de ce style. Je sais que je peux le faire. De la même manière que je sais que je peux faire un long métrage.

J'avais déjà une idée, une excellente idée pour le long métrage de Falco et j'ai déjà eu le oui de Bruce Springsteen, Keith Richards, je pense une personne de Queen et quelques autres personnes célèbres, oui Tom Waits!...parce que je leur ai demandé comme je fais mon premier long métrage, vous devez faire une apparition caméo, comme une apparition très courte ou une toute petite... Je vais quand même le faire avec mon premier long métrage. Donc Tom Waits aurait été le type de la station-service parce qu'il avait un album où il était sur la couverture à une station-service***, et j'ai fait cette fameuse interview avec lui dans une station-service, donc chaque fois qu'il y avait quelque chose avec une station-service, il y avait Tom Waits et vous disiez alors "C'est Tom Waits ? Ou alors Keith Richards aurait été le patron d'un bar et bien sûr, vous connaissez Keith Richards. Mais seulement brièvement, parce que tout aurait été fait en une journée de tournage, je ne pouvais pas leur donner une bonne somme d'argent, et je dois dire qu’il s’agit d’une faveur, c'est mon premier long métrage. Donc, quel que soit le premier long métrage de Rudi Dolezal, vous pouvez être sûr qu'il sera quelque chose de très très exceptionnel. Et je veux que le monde entier en parle.

Oui, c'est en arrière-plan mais maintenant j'ai fait le plan : 2020 c'est le livre de Freddie [Mercury], 2021 c'est Rudi sur scène avec le livre de Freddie et la tournée de Rudi dans le monde entier, et après cela je ferai probablement un autre livre - je ne vous dis pas de quoi il s'agit mais j'ai déjà l'idée et j'ai écrit le premier chapitre. Parce que maintenant, comme on dit en allemand et je ne sais pas si c'est la même chose en anglais ou en français, «j’ai léché le sang» [j’y ai pris goût], j'ai découvert que je pouvais faire ça. La personne qui coécrivait le livre de Falco et qui était ma lectrice m'a dit : "Rudi, tu n'as plus besoin de moi, tu es devenu si bon". Parce qu'elle m'a beaucoup aidé avec le livre de Falco il y a 20 ans, parce que j'écrivais comme un journaliste, et maintenant j'écris plus comme un auteur, j'écris des scènes comme il pourrait y en avoir dans un long métrage et alors je décris de mieux en mieux. Et c'est vraiment très amusant parce que je n'ai besoin de rien. J'ai toujours été tellement frustré parce que pour faire mon art, pour faire ce pour quoi je suis doué dans ces films, j'ai besoin d'un budget, de caméras, de son, de lumière, de montage, j'ai besoin de ça... c'est pour ça que j'étais "Oh l’entreprise, l’entreprise". Mais j’en ai fini avec ce rôle. Parce que c'était un fardeau trop lourd pour moi, je veux redevenir l'artiste libre que j'étais au début.


* Falco était un musicien, chanteur pop rock et rappeur autrichien, qui est mort accidentellement en 1998. Il est le seul chanteur germanophone à être devenu numéro 1 aux États-Unis ; c’était en 1986 avec Rock me Amadeus, dont le clip était réalisé par Rudi Dolezal & Hannes Rossacher.

** Hannes Rossacher, avec qui il avait fondé DoRo Productions et avec qui il formait les fameux «Torpedo twins»

*** Il fait référence à la couverture de l’album Blue valentine de Tom Waits


Etes-vous actuellement à un tournant dans votre carrière ?


Rudi Dolezal : Je suis en train de me réinventer. Grâce à mes enfants qui sont responsables du fait que je sois sur les réseaux sociaux, et grâce à ma décision de dire "Maintenant je veux finir le livre", et puis aussi en raison du Coronavirus, qui a entraîné l'annulation de tous mes projets de films. J'ai toujours pensé "je dois faire un changement", mais maintenant je dois faire ce changement parce que je dois réfléchir à nouveau. Et maintenant je suis beaucoup plus heureux avec ce que j'ai ici que ce que j'étais jusqu'à l'année dernière. Je ferai toujours des films et je ferai toujours tout cela, mais pas des séries. Je faisais des séries pour nourrir mes enfants "OK, 15 épisodes de cette série un an". C'était l'une après l'autre, toutes très bonnes, je suis devenu vraiment bon dans ce domaine. Et on ne voit pratiquement pas une de mes émissions de ces dix dernières années qui ne soit pas de très bonne qualité. Mais moi, en tant qu'être humain, je devenais de plus en plus dégénéré. Pas de temps personnel, pas assez d'intimité, pas assez de temps avec mes garçons, beaucoup d'idées ici mais toujours à devoir faire autre chose. Alors maintenant j’y vais, je me suis réinventé et c'est essentiellement à cause de mes garçons. J'ai été un père célibataire pendant neuf ans. Donc quand le petit avait 3 ans et le grand 6, la mère de mes enfants a passé la porte et n'est jamais revenue. Ils avaient donc 6 et 3 ans et j’ai dû soudain être mère et père en même temps. Je n'étais pas préparé. Et j'ai réussi, puis je l’ai fait, j'ai été un père célibataire pendant neuf ans, en plus d’être un réalisateur de rock’n’roll, en plus d'avoir des entreprises en Autriche et en Amérique, en plus de, en plus de… Croyez-moi si une mère célibataire m'en parle, je suis passé par là, j’ai été exactement pareil. Mais juste parce que je suis un homme, c’est très rare.

Et j'ai obtenu la garde complète de mes deux garçons parce que j'ai dit : "Je ne suis pas devenu père à quarante ans pour ensuite ne pas m'occuper de mes garçons". J'ai donc mis entre parenthèse la carrière internationale pendant dix ans, j'avais toujours la société américaine mais je faisais comme une production par an ou quelque chose comme ça, ce qui n'est rien en Amérique, et je me concentrais sur mes garçons. Je me levais à 7 heures du matin, je les réveillais, je préparais le petit déjeuner, je les emmenais à l'école, que ce soit l'hiver ou l'été ou autre chose. Je ne suis pas un lève-tôt pour tout dire, je n'aime pas sortir le matin, je déteste ça d'habitude. J'étais donc debout et je ne pouvais pas m'endormir, je travaillais généralement jusqu'à 1h et 2h du matin et j'ai fait ça pendant neuf ans. Et j'ai fait un assez bon travail en éduquant mes garçons, je suis très content du résultat. Et maintenant, il y a deux ans, mon ex, mère de mes enfants, a épousé quelqu'un, mais nous n'avons jamais été mariés, je ne me suis jamais marié de ma vie, je suis toujours célibataire et je n'ai jamais été marié. J'ai été une fois avec une femme pendant 17 ans mais nous n'avons jamais été mariés. J'étais donc en quelque sorte marié, mais pas sur le papier. La mère de mes enfants est maintenant mariée depuis six ans à un autre homme et elle est devenue stable, alors je lui ai dit "Nous pouvons maintenant assurer une parentalité égale" et elle peut prendre les garçons quand je ne suis pas en Autriche. C'est mon parcours. C'est la chose la plus importante que j'aie jamais faite pour devenir père et je ne regrette pas une seconde, mais j'ai eu beaucoup beaucoup beaucoup de jours où je me couchais le soir et j'avais peur de la façon dont je me débrouillerais le lendemain avec tout sur les épaules comme les enfants, l'école, le travail, l'entreprise en Autriche, l'entreprise en Amérique, le projet de film, les décisions créatives, les problèmes d'argent, les budgets... Ugh... vous voyez ce que je veux dire ? Et maintenant, je m'en sors et j'adore ça.

J'ai arrêté de fumer il y a 202 jours, et j'ai commencé chaque «Run Rudi Run» tous les jours, chaque putain de jour, et je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis 160 jours et cela a ouvert des portes dans mon cerveau, des pièces d'énergie et de créativité dans mon cerveau dont je ne savais pas qu'elles existaient encore. Et c'est tellement fantastique que j'envisage - je ne buvais vraiment pas souvent en Amérique, en Autriche "Oh allez, prenons un verre", même en France - de retourner en Autriche et de ne pas boire, au moins pendant un certain temps. Parce que c'est trop bien ce qui se passe là avec cette énergie. Je me suis donc réinventé et puis est venu...ouais, je suis sorti pour dîner, une fois par semaine, avec les hommes que vous connaissez, l'homme de 13 ans, et l'homme de 16 ou 17 ans et le vieil homme que je suis. Et puis ils m'ont dit : "Papa, papa, tu es si ringard que tu n'as pas d'Insta". J'ai dit : "Qu'est-ce qu'un Insta ?" Il a répondu : "Ouais, un Instagram, ouais, tu n'as pas de chaîne YouTube, je veux dire que tu n'as rien ! J'ai dit "ok", je vais faire ça et c'est donc ainsi que tout a commencé.

Et j'ai commencé avec zéro abonné, aucune connaissance, tout le monde disait toujours "Vous devez avoir une société de médias sociaux qui vous conseille". J’ai découvert par moi-même, en petit nombre et vous pouvez simplement ajouter quelques zéros à la fin. Ma chaîne YouTube [la Rudi Dolezal’s DoRo TV] en aura bientôt un million, cela prendra peut-être un an ou deux. Maintenant, les premiers 2 500 recevront un certificat d'amitié en or signé par moi et nous sommes maintenant à 2 000 je ne sais pas 400 quelque chose. Donc, si quelqu'un lit ceci et veut toujours s'abonner. Mais il y en aura un million, 100 000 ouais et il sera intéressant de savoir lesquels étaient les 2 500 premiers qui ont cru en Rudi depuis le début, parce que ce sont les gens qui me tiennent le plus à cœur car je suis vraiment fidèle à des gens qui me sont très fidèles. Et c'est pourquoi je me réinvente et bien sûr «Rudi Backstage» redeviendra tôt ou tard une émission de télévision mais à mes conditions, comme je le veux et pas comme la stupide chaîne le veut ; à celle qui dit : "Ça y est, tu veux l’avoir, c’est le prix à payer»,] je réponds:[«Tu ne veux pas l'avoir, va te faire foutre, je m'en fous». C'est le style de Freddie Mercury. Vous voyez ce que je veux dire ? Maintenant j'ai assez d'idéaux, je peux gagner ma vie avec ça, tôt ou tard. Je n'ai pas un style de vie aussi coûteux et je pourrais, il me serait possible de vivre et de ne pas faire une émission après l'autre.

Je recommence à penser à ce que je voudrais devenir. Les dix prochaines années seront probablement les plus productives de ma vie. Vous savez, de 60 à 70 ans, si je reste en forme bien sûr, si je laisse de côté toutes les choses stupides que nous avons faites, y compris Freddie Mercury et moi-même quand nous étions jeunes, les choses malsaines, je parle de la cocaïne et de toutes ces merdes qui vous détruisent plus ou moins. Je suis content d'être en vie et de ne pas faire deux fois des erreurs stupides. Je me réinvente et «Rudi Backstage», «Rudi Dolezal’s DoRo TV» le livre etc... c’est tous les nouveaux Rudi, comme je les appelle. C'est la nouvelle époque de Rudi.


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Vous aimez tout particulièrement filmer les musiciens. Qu’est-ce qui vous intéresse chez eux? Auriez-vous aimé être musicien vous-même?


Tout d'abord, j'ai toujours été un musicien, depuis le début. J'ai appris la guitare classique dès l'âge de 9 ans. La guitare classique, ça signifie que je pouvais lire les notes et que je pouvais jouer. Quand j'ai commencé à filmer, c'est-à-dire à l'âge de 17/18/19 ans, pour une raison quelconque, j'ai arrêté de jouer de la guitare. Parce que j’ai juste réalisé: "Oh non, je n'en ai pas joué depuis un an". Parce que je jouais tous les jours cinq heures pour être un musicien classique, je donnais un petit concert comme les super talents du conservatoire. Donc j'étais vraiment bon.

Je pense que j'ai eu un nouvel exutoire créatif comme j'ai maintenant une production créative en écrivant un livre, et j'aime toujours faire des films mais généralement j'ai une nouvelle idée pour un nouveau documentaire, un nouveau film, maintenant je suis en permanence avec des idées de nouveaux livres. Parce que je suis dans un monde de livres, et puis peut-être que je reviendrai toujours dans le monde du cinéma alors je...

C'est ainsi que je suis passé du monde des musiciens au monde du cinéma et de la télévision. Mais je dis jusqu'à aujourd'hui que le fait de pouvoir jouer d'un instrument aussi bien a été l'une des raisons pour lesquelles je suis devenu un cinéaste musical très sensible. Parce que beaucoup de gens disaient toujours "Oh le montage est tellement sur le rythme des musiciens. Oh super !". Parce que je savais où était celui-là, où se trouvait le rythme, parce que j'étais moi-même musicien. Alors je dis toujours qu'aujourd'hui, je me vois toujours comme un musicien, mais mes instruments sont la caméra et le rythme du montage. Ce sont mes deux instruments et ma musique est la vision. Je fais de la musique pour les yeux.

Un petit ajout à la dernière question. Les gens pensent que je ne fais que des musiciens parce que les autres choses que j'ai dirigées ne sont pas aussi connues. J'ai commencé à réaliser des documentaires sur les problèmes sociaux. Comme mon premier film qui était sur la dépendance à l'héroïne ou sur les jeunes filles qui deviennent mères à 15 ans et leurs problèmes etc... Plus tard, j'ai aussi fait beaucoup d'art, c'est pourquoi le #ArtRudiArt est un de mes passe-temps, j'ai par exemple fait un portrait d'Andy Warhol, j'ai fait des films sur des chanteurs d'opéra comme Placido Domingo, ou j'ai fait un peintre autrichien que vous ne connaissez peut-être pas, son nom est Nitsch*, il est au Musée d'art moderne, c'est en fait le gars qui a inventé le fait de peindre uniquement avec de la peinture rouge et du sang. J'ai donc fait beaucoup d'autres choses. J'ai fait un portrait célèbre d'un architecte. Mais ces choses ont très peu de public et donc quand quelqu'un lit ma biographie, elles sont mentionnées mais tout le monde parle de Freddie Mercury, des Rolling Stones, de Rock Me Amadeus etc...

J'ai également toujours été très impliqué dans des initiatives sociales, comme par exemple l'initiative Sting's Rainforest sur laquelle j'ai réalisé un film, le premier avec Harry Belafonte, le célèbre chanteur américain des droits civiques, sur Artists for Peace en 1980. Il y a quelques années, j'ai fait un film pour les Nations Unies sur les réfugiés, le problème des réfugiés, et j'ai raconté l'histoire de 50 personnes de 50 pays différents qui ont dû fuir leur pays parce qu'il y avait une guerre ou autre chose. Je fais donc ces choses, mais elles ne sont pas très connues. Mais bien sûr, mon grand amour, ce sont les artistes et puis bien sûr la plupart des choses que j'ai faites (parce que j'en ai aussi fait plus de 5 000 et que je continue à faire des clips), c'est la musique.


*Hermann Nitsch = artiste contemporain autrichien


Pour rappel:

  • Le livre de Rudi sortira en 11 langues (dont le français) et vous pouvez toujours précommander un exemplaire dédicacé sur ce site sécurisé : https://www.myfriendfreddie.com/

Il s’agit d’une idée originale de Rudi, comme il me l’a expliqué au cours de notre conversation: «C'est la première fois que j'entends dire que lorsque quelqu'un est encore en train d'écrire un livre, vous pouvez déjà en obtenir une copie - c'est quelque chose qui, je pense, n'a jamais été fait auparavant, surtout pour un exemplaire dédicacé».

  • Vous pouvez aussi retrouver Rudi sur les réseaux sociaux: - sur sa page Instagram : @rudi_dolezal - sur sa page officielle sur Facebook (Rudi Dolezal official) : https://www.facebook.com/Rudi-Dolezal-official-101706558272297 - sur son compte Twitter : @DolezalRudi - sur sa chaîne YouTube (la Rudi Dolezal’s DoRo TV) : https://www.youtube.com/channel/UCsaZF4OKvhtGmOxPJUsKLMg/feed Comme Rudi le mentionne dans cette interview, il réserve à ses 2 500 premiers abonnés un certificat signé et quelques avantages. Si vous ne vous êtes pas encore abonnés, n’hésitez pas à le faire, c’est gratuit!

  • Rudi anime également une émission live tous les dimanches à 20h, appelée «Rudi Backstage». C’est l’occasion de l’entendre raconter des anecdotes, répondre aux questions de ses followers, et de suivre son actualité, tout en échangeant avec des fans du monde entier! Vous pouvez la voir en direct sur Instagram, Facebook (page officielle) et sa chaîne YouTube.

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